Booster la mémoire

Comment mémoriser ?

Sylvie et Giorgio viennent de visionner le montage du meuble Neuronen du célèbre constructeur suédois de meubles. On leur propose à chacun de monter un exemplaire du kit. Giorgio suit le mode d’emploi en mode « no risk ». Quant à Sylvie, elle essaie de se souvenir et se lance. Lorsqu’elle bloque, elle jette un coup d’œil sur la documentation, en retenant le détail qui a coincé.
Deux questions : selon vous, qui va être probablement le plus rapide ? Et maintenant, si l’on répète l’expérience dans 1 mois, qui l’emportera vraisemblablement ?
Si vous avez répondu Giorgio et Sylvie, les évolutions en neurosciences vous donnent raison !
Beaucoup d’étudiants ont pour tactique de lire, relire, surligner et réécrire leurs notes afin de les apprendre. N’est-ce pas apprendre ?
Non, désolé. C’est se familiariser avec la connaissance.
Nous allons voir que ces tactiques, du reste très utilisées, peuvent être payantes, mais ne favorisent ni la compréhension, ni la rétention. Le rendement est faible : beaucoup d’énergie induit un résultat aléatoire.

C’est quoi le problème ?

Relire vos notes est une stratégie peu rentable et dangereuse. En fait vous succombez à « l’illusion de la connaissance » : on relit et relit encore et la matière en s’imaginant qu’elle rentre. Dans un tiroir. Il suffit d’aller la rechercher ! Simple. Non, pas vraiment. C’est un peu comme si on relisait un mode d’emploi d’un meuble : on croit qu’on sait le monter.

La mémoire n’est pas un tiroir, c’est un réseau interconnecté.

Contrairement à ce qu’affirment parfois les mythes et légendes de la pop-psychologie (*), notre cerveau n’est pas un disque dur dans lequel on stocke la matière A dans le secteur 25, la matière B dans le secteur 26, etc. En fait, la matière A (par exemple un chapitre sur les statistiques) est fractionnée et disséminée dans différentes parties du cerveau.

Etudier c’est recoller les pièces d’un puzzle!
Apprendre c’est l’effort d’assembler, de reconstruire!

Ce que vous avez entendu, ce que vous avez vu, ce que vous avez dit et ressenti vous ont permis de commencer à apprendre la matière : des liens sont établis à travers vos neurones dans des régions différentes. Mais ce n’est pas assez. L’apprentissage est incomplet. Faire l’effort de reconnecter ensemble toutes les informations est nécessaire. C’est simuler l’examen.

Il va falloir reconstruire et organiser les données. Comment ? En les ramenant dans une région appelée mémoire de travail (celle-ci inclus aussi une mémoire à court-terme).

« Les travaux en psychologie cognitive sont unanimes : les stratégies qui requièrent plus de récupération (ex. question pratique) sont beaucoup plus performantes à long terme que celles d’encodage (ex. rédaction de résumés, soulignement, trucs mnémotechniques, visualisation pendant la lecture ou relecture des notes, etc.) ».

(LA CONNAISSANCE DES STRATÉGIES D’APPRENTISSAGE CHEZ LES COLLÉGIENS, Rapport de recherche, Mathieu Gagnon, docteur en psychopédagogie, professeur à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke , 2014)

Pour revenir à notre exemple, se contenter de lire le mode d’emploi du meuble donne l’illusion de savoir monter le meuble ! C’est au moment de l’assemblage que le véritable apprentissage a lieu. Reconstruire la connaissance va permettre au cerveau de reconnecter les zones ensemble, et ainsi renforcer les liens

Est-ce bien vrai ce que vous dites ?

Mathieu Gagnon, docteur en psychopédagogie, professeur à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke a très bien vulgarisé les nombreux travaux qui mettent en évidence le fonctionnement de l’apprentissage. Les études sont nombreuses: Roediger et Karpicke (2006), Karpicke et Blunt, (2011),…
Je ne résiste pas à citer par exemple Karpicke et Cross (2014). Ils ont donné pour consigne à 3 groupes d’étudiants d’étudier un texte évalué une semaine après:

  • le groupe lecture à répétition : il a lu et relu le texte.
  • le groupe production d’indices : il a lu une fois, puis il a écrit des indices dans la marge en relisant le texte afin de s’aider à récupérer l’information
  • le groupe test de mémoire avec indices : il a lu une fois, puis il a écrit des indices dans la marge en relisant le test. Puis, il a pris le temps de se souvenir des informations à l’aide des indices. C’est ce groupe d’étudiants qui a le mieux mémoriser le texte 7 jours après lors de l’interrogation

Mémoriser efficacementSource : Mathieu Gagnon
Pour les plus pessimistes d’entre vous qui se disent que même le groupe qui a le mieux réussi n’a pas atteint la moitié, il faut savoir que les participants n’ont pas pu réviser pendant 7 jours.

Cette expérience démontre l’importance de reconstruire la matière pour apprendre AVANT l’examen. Pendant, c’est risqué, non ?

 

Apprendre = reconstruction active + répétition

Tant pour la mémorisation que pour l’application (le transfert) des connaissances, les études convergent vers l’efficacité des méthodes basées sur la reconstruction active de la matière. contenu va ici

Avez-vous envie d’attendre jusqu’à l’examen pour reconstruire la connaissance? A vous de choisir !

Alors, comment mémoriser facilement ?

1.      Avant d’étudier, il faut vivre la matière en classe et essayer de lui trouver du sens. Il faut également être connecté à l’instant présent, et regarder, écouter le processus pédagogique du prof. Il est important d’écouter votre petite voix qui permet de faire des liens avec des connaissances acquises. Je vous invite aussi à pratiquer la confirmation kinesthésique.(En bref, ressentir une victoire : « Yes, ça, j’ai bien compris »).

2.      Se programmer en mode projet (Par exemple, se dire : « Je veux être capable d’expliquer cette leçon, car cela me permettra de réussir le test. »). Se concentrer.

3.      Prenez note en classe en vous concentrant sur l’important, et en trouvant du sens en faisant appel à des analogies (c’est comme…), en faisant des liens. À moins que vos notes soient inexploitables, il n’est pas nécessaire de les recopier.

4.      Le plus vite possible, rappelez la matière : reconstruisez la matière SANS VOS NOTES. Le but est de comprendre en profondeur. En fait, vous faites comme si c’était l’examen sur la matière à apprendre sauf que cela ne sera pas sanctionné. Effectuez cette reconstruction de la matière en étant structuré.
Comment ?
a. Fiches de révision avec questions séparées des réponses
b. Carte heuristique (mindmap)
c. Questionnaire, etc.

5.      Comparez votre travail avec vos notes (ou le syllabus). Et pour chaque faute, trouvez un indice de récupération significatif avec lequel vous alimentez vos fiches (ou mindmap, etc.).

6.      Recommencez les étapes 4 et 5. Accordez-vous du repos ; vous le méritez bien.

7.      Procédez régulièrement à la « reconstitution du puzzle ».

En bref, faites l’effort de reconstruire, vérifiez, et complétez par des indices de récupération : ce sont des « béquilles ». Celles-ci peuvent être des dessins qui vous parlent et qui font sens pour vous.

Apprendre à gérer le temps

« Il vaut mieux distribuer l’apprentissage dans le temps que de le regrouper ».
(Stanislas Dehaene, psychologue cognitiviste et neuroscientifique français).

  • En d’autres mots, il est plus rentable pour appendre d’étudier 4 demi-heures que deux heures d’un seul coup.
  • Il est également préférable d’espacer vos séances : si vous connaissez votre matière, réduisez la fréquence de révision. Si vous constatez trop de lacunes, augmentez-là !

Fiches de révision efficaces : comment reconstruire la matière ?

Vous ne me suivez pas, vous avez besoin d’un exemple ?

C’est ce que je vous propose d’apprendre lors d’un prochain article sur ce blog

Trouvez l’énergie, la motivation et la santé dans l’étude grâce à une formation intensive, en 2020, Marie-Pierre Preud’homme et moi-même auront le plaisir de concrétiser une formation intensive de self Coaching d’Etudes. Il s’agit d’un processus puissant et robuste qui vous permet de vous auto coacher afin d’arriver à un équilibre énergisant entre mental, stratégie et habitudes portantes.
(*) Grâce aux neurosciences, j’aurai bientôt l’occasion de défaire certains mythes concernant le cerveau, à commencer par celui qui avance qu’un hémisphère fonctionne plus qu’un autre…