Lors des formations d’hypnose, de coaching,  … chez Formathera, une attention particulière est portée sur les méthodes d’apprentissage. Les principes fondamentaux de l’andragogie, pédagogie pour adultes y sont mis à l’honneur. Ils permettent aux apprenants d’intégrer la matière de façon durable car il y a compréhension, lien avec la pratique et mise en situation réelle. 

Claudio FUSINI, instructeur et formateur au sein de l’Ecole Royale de Sous-Officiers, nous explique les principes de l’andragogie.

 

Andragogie, pédagogie pour adulte

Mathieu, 35 ans, mécanicien,  a été  licencié d’une PME namuroise en 2017 pour des raisons économiques. Avec deux enfants et un prêt hypothécaire, il a frôlé le burnout. Récemment, le FOREM lui a proposé une reconversion en soudure. Après 4 semaines de formation, il déclare  « si on m’avait donné cours comme cela, j’aurais été motivé pour terminer mes études techniques. Ici les profs nous font confiance et on n’est pas noyé par de la théorie indigeste et on est très souvent à l’atelier…». Pourquoi Mathieu  est-il si motivé ? Certes, il  suit une formation qui débouche très certainement vers un emploi car c’est un métier en pénurie mais son entrain en classe met en évidence la capacité de ses formateurs à enseigner en tenant compte des spécificités de l’adulte. Bref voyage dans les terres de l’andragogie.

L’enseignant qui considère un public d’adultes comme étant une classe d’enfants ou de jeunes ados va très vite s’en rendre compte. Démotivation, plaintes et désintérêt de la part des stagiaires alimenteront le quotidien du prof qui par ailleurs sera également victime d’un dégoût  pour son métier, ce qui ne fera qu’envenimer l’ambiance en classe. La spirale vers des conflits est garantie!

4 raisons pour lesquelles l’adulte n’apprend pas comme l’enfant

  • Selon S. COURAU, d’abord le statut d’autorité que possède l’instituteur devant ses chérubins n’est pas reconnu devant des hommes et de femmes qui ont un vécu, une expérience de la vie. L’omniscience du maître prévaut probablement devant des gosses mais moins devant des adultes. Ceux-ci recherchent chez le formateur, un guide ouvert, disponible et respectueux.
  • Ensuite, la formation doit avoir un but très concret qui colle le mieux possible aux objectifs de l’adulte; ce qui induit ou alimente la motivation et l’envie de réussir. Untel qui désire devenir soudeur et en faire son métier, veut pratiquer le plus possible et pas écouter pendant huit heures l’histoire de la soudure depuis la révolution industrielle.
  • Tertio, l’adulte refuse tant la sanction scolaire que la récompense enfantine ; il veut être traité en adulte. Il est ridicule d’infliger une punition ou d’octroyer  le titre d’élève du mois à des personnes qui ont atteint une maturité  et qui sont majeures.
  • Enfin, l’adulte désire que l’on tienne compte de son expérience humaine et professionnelle; c’est d’ailleurs l’expression du besoin de  reconnaissance et d’estime mis en exergue par la pyramide des besoins de MASLOW.

Sur ces quatre principes fondamentaux posés en guise de fondation d’un noble édifice, on peut ériger au moins sept règles pédagogiques que l’enseignant devrait respecter pour maximaliser l’apprentissage de l’adulte. Ici, on ne devrait plus parler de pédagogie  (du grec paid : enfant et agogos : le guide), mais d’andragogie (du grec andros : adulte). En préliminaire, je  paraphraserais Roger MUCCHIELLI qui insiste sur le fait que le stagiaire a ou avait une activité professionnelle et a davantage besoin de comportements pratiques que de théories lourdes. Par conséquent, toute théorie doit être en prise directe avec des activités d’application. Le principe pédagogique de concrétisation (donc lié à nos cinq sens) est une condition sine qua none de performance de l’apprentissage.

Passons maintenant en revue sept  règles importantes à mettre en œuvre lors d’une formation d’adultes. Cette revue est loin d’être exhaustive mais elle a le mérite d’être concrète!

 7 règles de l’andragogie, pédagogie pour adulte!

  1. Un adulte apprend s’il comprend. La matière à apprendre doit être structurée selon une logique facile à assimiler. Ici le formateur veillera à structurer la matière d’une manière progressive et intégrante. Par intégrante on entend la construction du savoir comme un puzzle. Tout nouveau savoir doit être « accroché » à un savoir déjà assimilé. A titre d’exemple, la fonction exposant est apprise bien après la fonction multiplication car l’exposant fait appel à la multiplication. Par ailleurs, si le support de cours (électronique, syllabus, etc.) est structuré d’une manière intuitive, logique et structurée, cela permet à l’élève de mieux apprendre.
  2. Un adulte apprend si la formation est en relation directe avec son quotidien. Les cas et les problèmes traités pendant la formation doivent être en lien direct avec les problèmes réels vécus par les apprenants. Cela rend la formation motivante et dynamique. Les échanges d’expériences entre les apprenants permettent au formateur de construire le savoir avec les vécus.
  3. Un adulte apprend s’il perçoit, comprend et accepte les objectifs de la formation. Les objectifs doivent être clairement annoncés depuis le début de la formation et
    être cohérents avec les attentes des apprenants. Si la formation est sanctionnée par un test, ou un examen, il faut avertir les apprenants dès l’entame du cours afin qu’ils puissent organiser leur stratégie de réussite. Le type d’examen (questions ouvertes, quizz, examen oral, etc.) devrait être spécifié. Cette pratique témoigne d’un respect de l’enseignant vis-à-vis de ses élèves. La règle  de la triple concordance en pédagogie met en avant que les objectifs pédagogiques, les méthodes d’enseignement ainsi que l’évaluation doivent être liées. On imagine mal qu’une formation de soudeurs durant laquelle les deux tiers du temps ont été consacrées à de la pratique, soit sanctionnée uniquement par un test théorique !
  1. Un adulte apprend s’il agit et s’il s’engage. Cette règle est universelle et résonne comme une maxime d’une pédagogie moderne. Pus on est acteur de son savoir, mieux on assimilera. William GLASSER souligne que nous ne retenons que :
  • 10% de ce que nous lisons ;
  • 20% de ce que nous entendons ;
  • 30% de ce que nous voyons ;
  • 50% de ce que nous voyons et entendons en même temps ;
  • 80% de ce que nous disons ;
  • 90% de ce que nous disons en faisant quelque chose à propos de quoi nous réfléchissons et qui nous implique.

       5. Un adulte apprend si le formateur sait utiliser les effets de la réussite et de l’échec. Le formateur doit préciser les résultats attendus des exercices et après, il doit pouvoir  valoriser les succès et faire               comprendre les échecs. L’évaluation formative ou évolutive est importante et elle témoigne d’une démarche humaniste de l’enseignement. Chaque élève devrait recevoir un feedback mettant en évidence ses               points forts et ses lacunes. Ce n’est pas tout. Des techniques de coaching utilisant l’analyse réflexive permettent à l’apprenant de dégager lui-même des pistes d’amélioration afin d’atteindre les objectifs sur base         de ce qu’il a vécu. Lorsqu’un élève a des problèmes, il est important qu’il quitte la classe avec un plan d’action et pas avec des blessures.

  1. Un adulte apprend s’il se sent intégré au groupe. En privilégiant les relations dans le groupe, l’élève se sent bien et est rassuré. Le formateur met en place des activités qui permettent un maximum d’échanges. Les stratégies d’enseignements mettent en œuvre des activités de groupes dans lesquelles il est demandé de résoudre un problème. Par conséquent la dynamique du groupe est un enjeu important
  1. Un adulte apprend s’il est dans un climat de participation. Il doit pouvoir travailler dans un climat de confiance, avoir des interactions avec les  autres  participants, mais aussi les formateurs qui doivent être disponibles, ouverts et respectueux. Par ailleurs le formateur doit utiliser au maximum l’expérience des participants; cela permet de rencontrer leur besoin d’estime mai aussi de construire la matière ensemble.

Dans une conception humaniste de l’enseignement mais aussi dans l’acceptation d’une certaine justice sociale de l’enseignement qui autorise tout apprenant à réussir, chaque individu devrait être considéré comme un être unique, possédant ses canaux d’apprentissages particuliers. Ainsi l’un est plutôt analytique et visuel alors que son voisin est auditif et synthétique, etc. Considérant ce principe d’individualité, certains formateurs recourent, lorsque c’est possible à la différenciation. Il s’agit de mettre en pratique d’autres moyens d’expliquer un savoir qu’un adulte peine à assimiler. Par exemple, on demandera à un élève-ressource de réexpliquer avec un schéma ce qui vient d’être appris par un autre media, à un élève qui serait en difficulté. C’est un sujet très vaste et parfois complexe  qui mérite que l’on s’y attèle si l’humanisme est une valeur qui résonne chez le formateur…Si vous désirez en savoir plus, consultez les articles de P. MEIRIEU dont voici une citation qui en dit long sur sa conception de l’éducation :

« Différencier, c’est avoir le souci de la personne sans renoncer à celui de la collectivité». (P. MEIRIEU)

Finalement, après avoir vu ces quelques règles, il  important d’insister sur :

4 facteurs de succès d’une aventure en pays de l’andragogie, pédagogie pour adulte

Le formateur devrait constamment favoriser la cohésion du groupe car c’est un terreau de l’apprentissage. Je parle ici de dynamique des  groupes car le formateur est un catalyseur de la formation du groupe. C’est par son attitude, ses interactions, sa gestion de classe et sa stratégie didactique qu’il va dynamiser ou au contraire, le diviser !
En second lieu je citerais la surveillance des variations de la motivation de l’individu. L’adulte est ainsi fait que sa motivation peut varier de 10 à 1 suite à une notification Facebook ! L’impact sur le groupe peut être plus ou moins important. Un petit truc qui permet de jauger l’état des stagiaires est l’exercice de la « météo du matin ». Il s’agit tout simplement de faire un tour de table et de demander l’état des stagiaires ; leur météo personnelle, ce qu’il craigne ce qu’il ressente, etc.
Troisièmement le formateur doit s’adapter à toute contrainte qui impacte la formation. On peut citer les contraintes de temps, de matériel didactique, de classe, etc. Personnellement, j’ai vécu des situations dans lesquelles je n’avais pas le temps de terminer des activités d’une manière interactive parce qu’une activité avait été très chronophage. Par conséquent et puisque les objectifs sont imposés par le commanditaire, les savoirs ont été vus d’une manière plus frontale (ou ex cathedra). Il ne faut pas en conclure hâtivement que l’enseignement de type magistral est à condamner mais cela est une autre histoire.
En dernière position, une analyse des objectifs ainsi qu’une préparation des activités didactiques est inévitable à moins d’être capable de générer d’une manière spontanée une stratégie didactique qui rencontre les règles vue précédemment.

Si je devais citer deux ou trois mots qui hantent cette modeste présentation, je pencherais pour deux phrases. La qualité des interactions entre stagiaires et entre ceux-ci et les formateurs. Ensuite j’opterais pour la qualité d’une stratégie didactique qui permette un apprentissage concret, participatif et certainement motivant. Si ce petit séjour dans les terres de l’andragogie vous a donné envie de plus d’information, n’hésitez à consulter des auteurs tels que Philippe MEIRIEU, Sophie COURAU ou encore Roger MUCCHIELLI. Et terminons par ces belles paroles :

Enseigner n’est pas remplir une cruche mais plutôt « allumer un feu » (P. MEIRIEU)